Gaetano Pesce: curieux génie

Gaetano Pesce est une légende vivante. Mû par un instinct créatif insatiable, il a marqué l’histoire du design des années 60 à ce jour. Pionnier du design industriel comme du design expérimental, il a aussi été le premier à vouloir donner un sens aux objets. Convaincu que la discipline peut s’ériger au rang d’art majeur, Pesce convoque la Renaissance pour nous pousser à voir le futur. La curiosité est le plus beau des défauts…

Gaetano PesceLégende vivante

Un vent d’euphorie planait ce soir-là autour de la place Flagey. Au sortir de la conférence donnée par Gaetano Pesce dans le cadre de Design September, le public se sentait pousser des ailes. ‘Tout est possible aux curieux qui laissent libre cours à leur créativité’, tel était le propos joyeusement transmis par cette figure mythique du design italien et international.

Questions de temps

L’avenir jugera de la justesse de cette prédiction. Vieux sage à la folie vivace, Pesce aime en tout cas regarder vers le futur et se frotter à la question du temps. Ainsi qu’il s’en expliquait à Flagey : “Le temps soulève chaque jour des questions différentes. Il ne se répète jamais. Nos vies, elles, sont parfois faites de longues périodes de répétition. C’est dommage car se répéter revient à perdre du temps. La vie devrait être différente chaque jour.” Au lendemain de sa conférence, nous sommes allés le voir à son hôtel. Là, nous avons tâché de pas nous répéter…

Votre curiosité, elle remonte à l’enfance ?

Oui. Dans ma baignoire, je faisais des petits bateaux auxquels je fixais des aspirines effervescentes pour les faire avancer. Dans mon grenier, j’avais organisé des outils pour travailler. Mon but n’était pas de refaire des choses, mais de créer des choses que je n’avais jamais vues.

D’où cela vous est venu ?

J’ai été élevé par ma mère, qui était pianiste. Elle me parlait de ce que veut dire composer : c’est créer des sons, de la musique, en phase avec son époque. Aucune musique ne peut être entièrement liée au passé ! J’avais dix ans, et j’ai commencé à comprendre l’importance d’être relié à l’époque dans laquelle on vit. Je me suis mis au dessin, et déjà je tenais à dessiner non sur du papier – qui était une chose ancienne – mais sur des matériaux modernes…

Vous continuez à créer chaque jour ?

Oui. A New York, j’ai deux studios : un qui est un laboratoire ouvert à toutes les expériences ; l’autre, voué aux activités plus propres. Dans un avion ou une chambre d’hôtel, dès que j’ai une idée, je me mets aussi à dessiner pour la fixer. C’est comme une gymnastique mentale. Quand on l’entretient, c’est naturel.

Vous auriez un conseil à donner pour maintenir cette “agilité créatrice” ?

Je dirai que l’école a une place très importante : il faut apprendre aux élèves à être eux-mêmes. Suivre les modes n’a jamais été satisfaisant pour personne. Il faut s’entraîner à voir la réalité autrement. C’est aussi comme cela que chacun peut faire respecter sa différence.

Source: Gael Maison, novembre 2016 | Texte Jean-Michel Leclercq | Portraits Filip Van Roe

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