Si bien chez soi

Trois architectes d’intérieur prometteurs expliquent comment concevoir un intérieur où l’on se sent chez soi.

going eastGoing East

Anaïs Torfs et Michiel Mertens ont fondé le bureau d’architecture Going East à Anvers en 2012. Ils créent des maisons privées, des bars et restaurants (la Veranda à Anvers, le café Ventura à Gand) ou des lieux de coworking (comme ici, Fosbury & Sons à Anvers). Leur style? Un éclectisme teinté de luxe et de convivialité. Parole à Michiel.

“Une nouvelle construction peut être parfaite… mais une maison dans laquelle on vit sera toujours imparfaite. C’est toute la différence! Chez vous, la chaise design parfaite n’est pas toujours parfaitement en place. Il se peut qu’elle traîne sur la terrasse, là où vous l’avez laissée après une soirée entre amis. Votre intérieur porte les traces de votre histoire. Cette rayure sur le parquet, par exemple, vous rappelle tel ou tel moment. Quand j’entre chez des gens, j’adore voir ces traits au mur, témoins de la croissance des enfants. C’est la preuve que cette maison vit, qu’elle a une âme. En tant qu’architecte d’intérieur, c’est quelque chose que je ne peux pas créer. Ce sont les habitants qui donnent vie à leur maison!

Je peux en revanche les aider en concevant des lieux agréables à vivre. Par exemple en divisant l’espace de façon à ce que chacun se sente à l’aise. Nous évitons aussi les matériaux parfaits car nous aimons ces petites imperfections qui distinguent le travail humain de la production industrielle. Nous faisons souvent appel aux mêmes professionnels, dont nous aimons l’approche artisanale. Ils mettent tout leur cœur dans chaque chantier. Mais un poseur de béton lissé ne peut jamais prédire exactement l’aspect final d’un sol: il y a toujours une part de hasard. Nous contrebalançons ces interventions humaines, nécessairement imparfaites, par des choses plus carrées. Cet équilibre est essentiel.

sandrine devosSandrine Devos

Basée à Montigny-le-Tilleul, Sandrine Devos (ici, chez elle) exerce à la fois comme architecte d’intérieur et spécialiste couleurs. Celles-ci sont centrales dans son travail. Elle a signé tant des maisons particulières que des boutiques et des restaurants. Elle a même réalisé un cabinet dentaire. Un de ses plus beaux faits d’arme: l’hôtel Utopia à Masnuy- Saint-Jean, près de Mons.

“Je conçois à la fois des espaces commerciaux, où les gens ne sont que de passage, et des intérieurs privés, où les gens vivent. J’aime alterner l’un et l’autre mais, quand il s’agit d’une maison, il faut tenir compte du fait que c’est un endroit où l’on veut être relax et dans lequel on va probablement passer de longues années. Lorsque mes clients décident de gros investissements, je leur conseille de faire les choix les plus intemporels possibles. S’ils aiment suivre les tendances ou s’ils veulent afficher des goûts plus affirmés, ils pourront facilement jouer avec les accessoires, mais il est essentiel que la base résiste aux ravages du temps. Mon dada, c’est la couleur. Je donne d’ailleurs des séminaires sur le sujet. L’une des erreurs les plus courantes à mes yeux est de vouloir délimiter strictement les murs, le sol et le plafond. La plupart des gens choisissent une belle couleur pour les murs, mais ne réfléchissent pas trop aux tons du sol et du plafond. En prolongeant la couleur des murs sur le sol ou le plafond, vous pouvez pourtant créer une sensation de chaleur dans votre intérieur. Il faut vraiment concevoir la couleur en trois dimensions! Un blanc froid au plafond peut casser net l’ambiance d’une pièce. A côté de cela, il me semble important d’avoir autour de soi des meubles et des objets qui ont une histoire, avec lesquels on a un lien émotionnel.

J’aime concevoir un intérieur au départ de ces objets personnels. Les pièces vintage, à condition de ne pas en abuser, contribuent à l’atmosphère d’un lieu. L’accumulation est contre-productive. Je veille toujours à ce qu’il y ait des espaces vides. C’est indispensable. Comme les pages blanches dans un livre : elles permettent de respirer. La maison est l’endroit où l’on doit pouvoir se relaxer. S’il y a des choses partout, c’est plus compliqué. De ce point de vue, l’acoustique joue également un rôle essentiel, bien qu’elle soit trop souvent négligée. Moi, par exemple, j’aime ajouter des tapis ou des rideaux qui tombent jusqu’au sol. Cela apporte de la chaleur et du moelleux à un intérieur. Même si je suis très attentive aux demandes de mes clients, je crois être parvenue à développer mon propre style. J’ai notamment aménagé  une boutique de lingerie où, m’a-t-on dit, une dame est entrée un jour en disant: “Ça, je suis sûre que c’est Sandrine Devos !” Ce style, j’aurais un peu de mal à le définir précisément.

dries ottenDries Otten

Architecte d’intérieur de formation, Dries Otten (ici, dans son atelier) crée aussi des meubles et des scénographies. Son style, riche en éléments graphiques et choix de couleur particuliers, est assez reconnaissable. Lui aussi aménage tant des logements que des lieux d’horeca, comme le Buchbar à Anvers.

“Comment un logement devient-il un chez-soi? Tout est question d’émotion. Quand je conçois un espace, je ne suis jamais sûr que mon client va s’y sentir chez lui. Car ça ne se commande pas. Par contre, je peux mettre en place une structure qui lui offre les meilleures chances de se sentir bien dans cet intérieur. Après, il en fera ce qu’il voudra. Ça ne me regarde pas. Une maison, c’est toujours plus que des briques et des meubles. Il y a toute une part de souvenirs, d’archétypes… des tas de choses liées à l’imaginaire! Pour capter cela, une relation  étroite avec le client est nécessaire. J’essaie de sentir jusqu’où je peux aller, jusqu’où je peux l’amener à se dévoiler. Puis j’évite de me laisser coincer par des réponses trop conventionnelles, trop attendues. Dans ces cas-là, je peux me montrer têtu.

Si un client élude mes questions en me répondant: ‘Bah, faites-moi quelque chose en bois avec un peu de couleur’, j’ai très envie de lui dessiner un meuble blanc! Je trouve aussi intéressant d’utiliser les matériaux de manière inattendue. Par exemple, au Buchbar, une librairie-café anversoise, il fallait composer avec une pièce sombre et humide à l’arrière. Nous avons recouvert les murs d’un tapis jaune vif. Résultat: c’est chaud, ensoleillé et, en plus, l’acoustique est fantastique! Il faut oser sortir des sentiers battus. La décision finale revient bien sûr toujours au propriétaire, mais l’architecte d’intérieur doit lui faire des suggestions.

Source: Gael Maison, mars 2017 | Texte An Bogaerts | Photos Marie Houttequiet

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